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Annonce à la famille et aux amis

Publié le par Pierre LACOMBE

Après lecture et relecture dudit contrat et surtout signé devant un avocat, Didier retournait dans sa province le coeur léger et l'âme heureuse. Mais surtout plein d'émotions dans la tête.

Dans le train, tout en observant les autres voyageurs, il imaginait sa nouvelle vie qu'il partagera entre son petit train-train tranquille et le tumulte parisien. Sa maison de disques lui a déjà loué un appartement meublé à deux pas du Trocadéro et du Champ de Mars. A trente minutes de son arrivée, il ouvrait les yeux et la question se posait. Comment annoncer un tel bouleversement à ses parents, sa fratrie et à ses amis ? Denis leur devait la vérité, sa vérité.

Il avait reçu un acompte de deux cent quarante mille euros, un abonnement pour le train et l'avion de la part de son label. Ses premières dépenses étaient le prix de la course du taxi de la gare à la maison familiale. Jusque là, il lui fallait prendre deux bus. il avait déjà prévu sa présentation, son contrat était dans une pochette ainsi que son nouveau relevé de compte en banque, histoire d'impressionner son revêche et incrédule de père. Malgré tout, il comptait sur ces personnes là pour éviter qu'il prenne la grosse tête.

A peine le premier pas franchi dans le jardin, sa mère, le voyant arriver, l'attendait à la porte fenêtre du salon. Son père jardinait son potager. Son sourire béat pouvait inquiéter son entourage puisque jusque là, il avait été un adolescent et un jeune adulte assez taciturne et solitaire. De loin, il saluait le chef de famille avant d'aller étreindre sa mère.

"Maman, j'ai une grande nouvelle à annoncer, peux tu inviter mes frères et sœurs et leur famille" lui dit Didier avec une joie contenue dans sa question ? Avant d'appeler ses autres enfants, elle héla son mari qui continuait à aligner ses plants de tomates.

"Paul, peux-tu venir, Didier a une nouvelle importante à nous annoncer" ?

Le père arriva en grommelant : "Faut toujours que tu me déranges lorsque je suis occupé à des taches importantes" ! Didier lui répondit : "Retourne à ton jardin, je ne dirai rien sans que mes frères et sœurs ne soient présents".

A partir de 18 heures, les voitures emplissaient le jardin, les plus jeunes enfants jouaient pendant que les grands se réunissaient dans le salon. Ils étaient tous impatients d'entendre la nouvelle mais un peu inquiets malgré tout. Ils étaient en cercle que Didier brisait en s'installant au milieu, ses papiers officiels en main. Alors qu'il allait commencer son monologue, son père pointa le bout de son nez en jardinier un peu à l'écart du groupe et tout en haussant les épaules lui dit : "Ben vas-y Didier, on t'écoute" !

Le jeune homme avait pris le soin de faire des photocopies des documents dont il allait parler aux siens.

Il commençait ainsi : "Voilà, vous avez peut-être constaté que j'ai été constaté mon absence, toute la semaine, la raison est celle-ci. Je viens de signer un contrat d'artiste auprès d'une maison de disques parisienne". Le chef de famille et son fils ainé échangèrent un rictus complice qui les laissait incrédules devant cette affirmation. Didier distribuait son contrat aux uns et aux autres et chacun lisait article après article mais celui qui retenait le plus leur attention était celui de la durée et de la somme allouée au jeune chanteur. Ils se regardaient tous, certains étaient dubitatifs, d'autres envieux. Lorsqu'il leva la tête, Didier aperçut Annick, sa mère et Marie, sa plus jeune soeur, les larmes au bord des yeux. De là, il entrait un peu plus dans les détails, à savoir qu'il repartait vivre à la capitale dans deux ou trois jours, que son appartement, à quelques encablures de la Tour Eiffel, l'attendait et dès la semaine suivante, il entrait en studio pour faire la connaissance de ses musiciens et enregistrer son premier album. la première femme de sa vie lui demandait comment il allait faire pour manger, s'habiller et toutes les autres choses du quotidien. Les réponses étaient dans le contrat, à savoir qu'un traiteur viendra lui apporter des plats cuisinés les jours où il sera chez lui et que son employeur avait ses entrées dans quelques boutiques de l'avenue Montaigne.

Paul, toujours aussi circonspect, allait s'enfermer dans son bureau pour lire et relire le document officiel qui unissait son rejeton avec les "ogres" du show biz. Il l'appelait et commençait ses critiques et surtout avait des doutes sur ses capacités artistiques et humaines. Comment Didier l'insoumis, le rebelle pouvait-il accepter de telles contraintes ? Le jeune chanteur lui montrait son relevé de compte bien fourni et tentait de le rassurer en lui disant qu'il se sentait bien dans son nouvel univers et que toutes ces années, où il s'était enfermé dans sa chambre, soit à écrire, soit à imiter d'autres artistes, l'avaient aidé à devenir celui qu'il serait dans quelques semaines. Avant d'aller rejoindre ses amis et complices de toujours, Annick appela ses petits enfants, du moins les plus âgés, afin de leur annoncer la bonne nouvelle. Tous étaient fiers de leur oncle et savaient qu'ils le verraient prochainement à la télé ou l'entendraient sur les radios qu'ils avaient l'habitude d'écouter.

Il avait donné rendez-vous, place du 19 mars 1962, à ses 3 amis. Ousmane dit Ous, Thierry et Loïc. Après avoir bu l'apéritif au cours duquel Didier les mis en appétit en ne leur dévoilant pas son secret mais juste en faisant une petite allusion.

Les "Katzamis" (nom de leur groupuscule) étaient attablés devant un méga plateau de fruits de mer. Didier avait choisi le vin, un condrieu 1987, excellente année !

Avant de plonger dans le plat, Ous prit la parole en premier, impatient qu'il était : "Alors, dis nous" !

Didier, généralement effacé, leur annonçait son départ pour la capitale, la signature auprès de la maison de disques, son futur appartement, son acompte et sa nouvelle vie qui débutait dans quelques jours à peine. Ils semblaient boire ses paroles mais en même temps, ils comprenaient qu'ils allaient le perdre. Le néo chanteur les rassura, en leur disant que leur amitié était indéfectible depuis toutes ces années et surtout qu'ils étaient les bienvenus chez lui et qu'ils pouvaient les loger sans problème. Le diner était des plus chaleureux jusqu'au moment de l'addition. Loïc se leva de sa chaise afin de présenter la future star de la chanson de demain et qu'on entendrait et que l'on verrait Didier à travers tous les média de France et de Navarre. Le chef de rang tentait de le calmer, en vain. Loïc demandait à ce que le chef de cuisine et le patron du restaurant viennent afin de partager un dernier verre dans le lieu. Ce qui lui fut refusé, bien entendu ! Didier offrait ce repas à ses amis, mais...

...Que faire après minuit dans une ville ennuyeuse et où l'univers culturel est quasi inexistant ? Les "Katzamis" se dirigeaient chez Thierry qui ne vivaient pas trop loin de là. Comme depuis quelques années, ils allaient écouter de la bonne chanson francophone. Les trois amis proposait à Didier de l'accompagner à son avion. Seule condition, rester discret vis à vis des autres voyageurs.

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