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De l'adolescence

Publié le par Pierre LACOMBE

Assis sous le majestueux châtaignier de l'immense maison de ses aïeuls, Didier 25 ans, semblait en pleine réflexion. Par cet bel après midi d'été, sous une chaleur accablante, il faisait le point sur sa vie passée auprès des siens et ses projets d'avenir.

Septième enfant d'une famille de neuf enfants, mal calé dans la fratrie, il s'est toujours senti isolé par les ainés et n'a pas su comment aborder les plus jeunes. Son père était absent du foyer pour des raisons professionnelles et ne rentrait que les fins de semaine.

Didier vivait dans une maison bourgeoise de la banlieue chic d'une grande métropole. Tous les dimanches, la famille fréquentait assidûment les églises ce qui avait entraîné une éducation religieuse pour tous les enfants.

Élevé dans des écoles privées gérées par des curés dont certains étaient malsains et d'autres convaincus par leur sacerdoce. Ses camarades de classe étaient des enfants de bonne famille avec qui il partageait certains de ses loisirs comme la natation mais pas trop les convictions. Dès le CM2, Didier s'était senti complexé. En effet, il avait déjà commencé sa croissance.

Un an plus tard, certains de ses enseignants se moquaient de lui et de sa puberté précoce. (Cette blessure restera gravée longtemps dans sa mémoire). C'est à cette époque que Didier a commencé à gamberger et à s'inventer une vie. Le but de ses affabulations étaient, évidemment, se faire accepter par les autres : famille et relations.

Heureusement, il retrouvait, lors des vacances scolaires, un de ses cousins germains qui résidait en région parisienne. beaucoup de confidences entre eux, quelques fous rires mais à chaque fois sur de courtes périodes.

Quand il avait quinze ans, on lui en donnait dix huit ou vingt. Il fréquentait des personnes plus âgées que lui qui lui ont appris beaucoup de choses de la vie. Ses relations venaient d'univers totalement opposés.

En effet, des hautes sphères locales aux SDF, chaque jour amenait son lot d'expériences.

A seize ans, Didier réalisait son premier reportage sur la rue commerçante de sa ville. Cette rue allait être pavée quelques mois plus tard pour devenir piétonnière. Était-ce le début d'une vocation journalistique ?

De sa timidité enfantine, il n'en restait plus que quelques miettes. En effet, il se découvrait une certaine aisance relationnelle qui lui permettrait d'avancer dans sa vie.

Son premier flirt l'avait aidé à vaincre cette appréhension du public. Si cette jeune fille l'avait accepté, il pouvait l'être par d'autres individus connus ou anonymes. Preuve en est, quelques semaines plus tard, il prenait la parole devant une assemblée de trois mille personnes.

Sa première histoire d'amour entière se déroulait l'année de ses dix sept ans. Sa partenaire en avait vingt cinq. Ils étaient tous deux ignorants en la matière. La fusion de leur deux corps eut lieu un lundi après midi d'avril, après quelques péripéties dues à leur incompétence. Didier rejoignait le "club des hommes" !

L'année suivante fut encore plus dure que les autres. Ses parents l'avaient obligé à devancer l'appel pour faire son service militaire. Foncièrement antimilitariste, il devait partir pour Brest le 1er octobre de cette année là. Un mois de classe où on abêtissait les jeunes gens en leur parlant de paix avec des stratégies guerrières. Quelles contradictions ! Puis, Didier fut envoyé à Lorient alors qu'on lui avait dit qu'il pouvait demander son lieu d'affectation ainsi que l'activité qu'il souhaitait exercer pendant onze mois.

Bien évidemment, il avait souhaité se retrouver au plus proche des siens. Six cent cinquante kilomètres, ce n'est pas la porte à coté ! Il avait, aussi, demandé à s'occuper de l'animation des foyers ou bien de s'occuper de jeunes engagés. Il a passé un mois au cercle des officiers, comme serveur et a eu, à quelques reprises, l'occasion de faire le service chez l'amiral qui était le commandant de la région maritime dont il dépendait. Passé ce mois là, un nouveau lieu l'attendait. La base sous marine. Il ne s'agissait plus d'officiers mais de sous officiers (officiers mariniers pour être plus précis).

Pendant dix mois, chaque jour arrivait son lot de brimades, de vexations, de harcèlement moral et j'en passe. Didier se "vengeait" en écrivant sur son armoire métallique, au gros feutre, des propos tenus par Che Guevarra, quelques années auparavant. Même si personne n'avait compris ses mots; il fut envoyé, pendant 10 jours, au trou

Il y eut, dans cette année lorientaise, quelques petits bonheurs comme des soirées dansantes bretonnes ou bien le festival interceltique.

Par contre tous les midis, il allait s'enfermer dans les toilettes pour pleurer son désespoir et son dégoût de l'uniforme et de sa vie de bidasse. Ils avaient même trouvé le moyen de lui rajouter du temps en l'enfermant dans une cellule de 2 m² pendant plus d'une semaine. Sa sortie fut une vraie libération qui sera justifiée par la réception, 6 mois plus tard, d'un courrier qui lui signifiait son état d'excédentaire auprès de la réserve militaire. il était devenu encore plus antimilitariste qu'avant son départ sous les drapeaux.

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