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Drôle de rencontres dans de drôles d'endroits

Publié le par Pierre LACOMBE

Son enfance a été bercée par la musique classique qu'écoutait sa mère et aussi par le jazz que son grand père jouait au piano. Didier, quant à lui, a eu un coup de foudre pour la chanson francophone dite à textes. A l'âge de onze ans, il appréciait Jacques Brel, Georges Brassens ou encore Charles Trénet, chanteurs d'une autre génération, ou alors celui qui revendique (encore à ce jour) avoir été inspiré par le "fou chantant", je veux parler de Jacques Higelin.

Coup de foudre immédiat pour l'artiste qui interprétait, sur France Inter, ce jour là : "Tiens, j'ai dit tiens".

Quelques années plus tard, errant comme une âme en peine dans une maison des jeunes, Didier décrochait le téléphone dans le bureau du directeur (qui avait du s'absenter quelques instants) et une voix lui proposait de faire venir William Sheller en concert dans la structure. Mais il n'était rien, n'avait aucun pouvoir décisionnaire et proposait à son interlocuteur de rappeler en milieu d'après midi. L'homme insistait pour en savoir plus sur le jeune adulte. Il lui proposait même de venir le voir à Paris afin d'envisager une collaboration. Le provincial devenait tourneur d'une agence artistique. Son travail consisterait à trouver des salles de concerts dans un périmètre défini préalablement. Même genre de réponse dans sa famille. "Les artistes sont tous des pédés, des drogués, des gauchistes" !! "Ne fréquente pas ces gens là, ils ne t'apporteront rien de bien" ! "Tu es dans un monde imaginaire, onirique, même" !

Le jeune adulte rédigeait beaucoup dans son coin. Qu'il s'agisse de petits textes, des poèmes et quelques nouvelles. Il les faisait lire, on le complimentait, on lui demandait de les mettre en musique. Mais il n'y connaissait rien à la musique, si ce n'est l'apprécier.

Alors qu'il buvait un café dans un bar, il entendait d'autres clients qui parlaient d'une scène ouverte à la salle T. Sur ce plateau, devaient se produire quelques groupes locaux, un ou deux chanteurs. Didier se tournait vers la table, commençait à discuter avec les clients d'à coté de la sienne, se renseignait, avant de leur demander s'il pouvait participer. Seulement, il lui fallait absolument un guitariste pour l'accompagner. Il savait chanter juste puisqu'il avait fait partie de deux chorales à l'adolescence.

L'un d'entre eux, Bruno, était guitariste. La chance était là, Didier lui montrait quelques textes. Le pacte était passé, ils décidèrent de se retrouver tous les jours avant la date du concert afin de préparer la prestation.

Jour J dans la salle T. une centaine de personnes était là, moyenne d'âge, 23 ans. Dans ce hangar désaffecté et aménagé en salle de concerts, les jeunes artistes se préparaient en attendant qu'on les appelle pour leur prestation. Chacune d'entre elle ne dépassait pas les 40 minutes. Bruno et Didier se produisaient en troisième position. Le trac commençait à monter dans les pseudo loges. Un des amis du guitariste leur apportait un joint afin de se décontracter avant de se retrouver face au public. Le présentateur appelait Didier et Bruno. L'ambiance était plus rock que chanson à textes engagés. L'angoisse montait. Quelle serait la réaction des spectateurs ?

Le guitariste s'asseyait sur une chaise, entamait un premier un accord, puis un deuxième. Didier débutait avec une chanson intitulée : "Drôles de rencontres dans de drôles d'endroits". Le calme était revenu dans la salle T, le trac avait disparu et nos deux complices semblaient à l'aise comme s'ils jouaient ensemble depuis des lustres. Entre chaque morceau, ils étaient applaudis chaleureusement. ils avaient même eu droit à un rappel ! Cette première expérience les réconfortait et leur donnait envie de persister dans cette voie. Bien entendu à l'insu de la famille de Didier.

Pendant une année complète, le duo se présentait dans les rares cafés concerts de la ville et à chaque fois le public semblait conquis par les créations des deux compères. Chaque semaine, Didier écrivait quelques textes pour agrandir leur tour de chant et pour être capable d'avoir un répertoire d'une heure trente à proposer.

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