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Premier contrat

Publié le par Pierre LACOMBE

Au bout des quarante minutes, alors qu'ils allaient rejoindre le public, un homme interpellait Didier.

Bonjour je me présente, je suis Luc. Je suis directeur artistique chez Saturne musique, une maison de disques dédiée à la chanson française. Je vous laisse ma carte de visite, j'aimerai vous revoir dans mes bureaux sous peu. Appelez moi dans une dizaine de jours. En échange, Didier laissait son numéro de téléphone ou du moins celui de ses parents puisqu'il vivait encore chez eux à cette époque là.

Il ne savait pas comment prendre cette invitation ? Était-elle vraie ? Si oui, avec qui partager cet instant de bonheur et de reconnaissance.

Comme à son habitude, Didier retournait dans son petit zinc pour y boire quelques cafés, surprendre des conversations de ses voisins de table et écrire, écrire telle est sa passion.

Trois semaines plus tard, alors qu'il rentrait au domicile familial, sa mère lui dit qu'un certain Luc avait appelé et qu'il devait impérativement lui téléphoner le lendemain matin entre 11h et midi. Les questions fusaient pour savoir qui était cet homme, ce qu'il faisait ? Didier mentait sur toute la ligne. Les seules vérités qu'il disait à son sujet étaient qu'il s'agissait un homme qu'il avait rencontré au cours d'une soirée et qu'ils avaient bien sympathisé et qu'ils devaient se revoir sous peu.

A 11h et une minute, il décrochait le combiné et composait le numéro. de l'autre coté, après s'être annoncé, une jeune femme lui passait Luc. Là, il reçut la plus grosse engueulade jamais entendue.

En effet, le directeur artistique lui faisait remarquer qu'il avait manqué à ses devoirs en ne l'appelant pas à la date prévue. Après cette mise au point, Luc disait à Didier qu'il lui envoyait un billet de train pour le voir dans ses bureaux le vendredi suivant. Il devait venir avec ses textes et les mélodies que Bruno avait composées. Donc il avait huit jours, pour enregistrer toutes ses chansons sur une modeste cassette audio. Là aussi, il devait mentir à son guitariste en lui disant que c'était à titre personnel et qu'il voulait se faire des souvenirs de sa première prestation scénique.

Gare d'Austerlitz, vendredi 10h35. Didier se dirigeait vers le métro direction Porte Dorée. Son coeur s’accélérait au fil de ses pas et des dizaines de questions lui trottaient dans la tête.

10h58, arrivée au bas de l'immeuble, le jeune homme repère le nom de la société, appuie sur l'interphone et la voix d'une jeune femme lui demande de se présenter. C'est au troisième gauche, le sas d'entrée s'ouvre, le temps de s'engouffrer dans le hall.

Sur la porte de l'entreprise, des affiches de chanteurs que Didier appréciait énormément. Au hasard, Leny Escudero, Henri Tachan ou Jean Sommer. La jeune femme qui lui avait ouvert la porte, l'invitait à patienter le temps que Luc vienne le recevoir. Sur la table, quelques revues en vrac dont "Paroles et musiques" de ce cher Fred Hidalgo.

Luc s'avançait vers Didier lui serrait la main et le faisait entrer dans son bureau.

"Je n'irai pas par quatre chemins", lui dit le directeur artistique.

"J'aime beaucoup tes chansons" !

"M'as tu amené ce que je t'ai demandé"?

Didier ouvrait son cartable et donnait ses textes et les bandes magnétiques qu'il avait enregistrées avec son acolyte éphémère.

Luc posait le bobino sur le magnétophone, joignait les mains devant son visage tout en fermant les yeux. Ces derniers rougis par l'émotion, le professionnel se levait en demandant au jeune chanteur de l'attendre là.

Dans les trente secondes qui suivirent, trois autres personnes entraient dans la pièce et Luc annonçait à ses collègues qu'il avait trouvé la perle rare. Avec un petit sourire, Didier tentait de s'exprimer mais les mots ne venaient pas. Il balbutiait, trébuchait sur ses phrases. Son coeur battait de plus en plus fort. Lorsqu'un homme, entré après les autres, âgé d'une cinquantaine d'années, demandait à écouter quelques extraits. Cet individu n'était ni plus, ni moins que le P.D.G de la maison de disques. En sortant du bureau, il demandait à Luc de le suivre. Didier était invité à déjeuner par tout le staff.

Au cours du repas, les questions fusaient de toute part afin de connaitre le parcours du jeune homme. Comment lui venait l'inspiration ? Quels étaient ses thèmes de prédilection ?

Au retour du restaurant, Édouard (le grand patron) conviait Didier et Luc à les suivre. Sur sa table, entre les pochettes de disques, les piles de cassettes, un document dactylographié était en évidence. Tout en haut de la première page, on pouvait lire à l'envers en gros caractère rouge : CONTRAT.

Il était convenu l'enregistrement d'un disque, d'une promotion tout média confondu et une tournée dans 6 mois sur toute la France, en Wallonie, en Suisse et au Québec. Sans oublier les revenus de la nouvelle "vedette" de la chanson francophone.

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